♪ Je me souviendrai longtemps de cette nuit. Ces quelques heures au c½ur de son, à danser, à fendre l'air de mes bras, à perdre conscience des dimensions de mon corps, pour n'être plus que sensations, n'être plus qu'esprit, me baladant de part et d'autre de ma conscience, de mes souvenirs. Les souvenirs, parlons-en, tiens. A chaque retentissement de basse, ils remontaient un peu plus vers la surface, s'entrechoquaient entre mes tempes, et s'évaporaient avec la sueur qui perlait dans mon dos, dans mon cou. Le Phénix, lui aussi transpirait. De sueur, de bière, de gouttes de pluies. J'en voyais les reflets, colorés par les projecteurs, en furtives apparitions. Je levais la tête de temps à autre, prisonnière parfois de la chaleur ambiante, de l'humidité corporelle étouffante, à la recherche d'un peu d'air frais. Et tout cela, sans même y penser. J'appartenais toute entière au son, à son agression passionnelle, à ses caresses, je lui appartenais pour ce qu'il avait à m'offrir. Bien sûr que je gueulais, après la foule et leurs injures, lorsqu'un imprévu interrompait la continuité de ce pourquoi nous étions tous là, lorsque une fin se plantait devant nous et qu'il faudrait attendre une nouveau début. Mais l'envie de m'exploser les cordes vocales vers la scène était bel et bien là, elle aussi. La faim de son se faisait déjà insupportable au bout des quelques secondes. Les tympans qui bourdonnent. Le corps qui reprends peu à peu sa contenance. Et puis on repartait une deuxième fois. Je me tournais, je voyais l'une de vous de à mes côtés, dans votre transe, caractéristique de vos gestes habituels. Vous étiez belles. Vous étiez les plus belles. Il a fallu nous achever à l'usure. Le soleil ne nous attendrait pas pour nous lever, et nous avons remarqué, comme on fait attention à un détail dérisoire mais étonnant, que le temps avait continué sa route. On avait eu envie de croire que pendant cette suite d'instants de perfection, il s'était arrêté rien que pour nous. Quel salaud, quand on y pense.